

Par Lyne Pelchat, directrice générale du Regroupement TDL Québec
Le trouble développemental du langage et la dysphasie, c’est le même trouble ! Une réalité que trop peu de gens connaissent encore aujourd’hui, près de dix ans après le changement officiel de terminologie. Et cette confusion, elle n’est pas sans conséquences. Elle coûte des services manqués, du temps perdu, des familles qui cherchent de l’aide sans la trouver. Elle coûte, surtout, à des personnes qui méritent mieux.
Il y a quelques mois, je me retrouvais dans une rencontre avec un représentant d’un ministère. Un homme sérieux, engagé, qui voulait sincèrement comprendre la réalité des personnes vivant avec un trouble développemental du langage. La conversation allait bien. Très bien, même. Et puis, il m’a dit quelque chose qui m’a clouée sur place.
« Mme Pelchat, ce que vous me décrivez du trouble développemental du langage me semble très similaire à la dysphasie… »
J’ai presque tombé en bas de ma chaise !
Cet homme avait reçu notre documentation avant la rencontre. Et malgré tout cela, le lien n’avait pas été fait. Pas parce qu’il manquait de bonne volonté. Pas parce qu’il n’était pas attentif. Mais parce que personne, nulle part, ne lui avait clairement dit : le trouble développemental du langage et la dysphasie, c’est le même trouble !
Et ce représentant ministériel n’était pas seul dans cette situation. Loin de là ! Des enseignants, des médecins, des professionnels de la santé et des services sociaux, des décideurs à tous les niveaux : beaucoup n’ont tout simplement pas fait le lien. Ils connaissent la dysphasie. Ils ont entendu parler du TDL. Mais que les deux désignent exactement le même trouble ? Ça, personne ne le leur a dit clairement. Pas encore. Pas assez. Pas assez fort !
Et les familles ne sont pas épargnées. Je me souviens d’un échange avec un parent qui m’a profondément marquée. Un de ses enfants avait reçu un diagnostic de dysphasie. Un autre avait reçu un diagnostic de TDL. Et ce parent n’avait pas réalisé que les deux diagnostics désignaient le même trouble. Quand j’ai entendu ça, j’aurais dû allumer plus vite ! Parce que si un parent qui vit cette réalité au quotidien n’a pas fait le lien, comment peut-on s’attendre à ce que le reste du monde le fasse ?
Je tiens à être très claire sur un point. Je ne pointe personne du doigt. Ni cet homme. Ni les professionnels. Ni les organismes. Ni les chercheurs qui ont posé ce geste courageux en 2017. Tout le monde y est allé avec les moyens du bord et avec la meilleure intention du monde. Les experts du consortium CATALISE avaient une expertise scientifique remarquable. Indéniable. Et c’est précisément grâce à cette expertise que le terme trouble développemental du langage existe aujourd’hui.
Mais changer un nom, c’est aussi une expertise en soi. Une expertise en stratégie de marque. En communication de changement. En déploiement à grande échelle. Et quand on parle d’un trouble qui touche des millions de personnes sur tous les continents, dans de multiples langues et cultures différentes, cette expertise aurait dû avoir une portée internationale. Peut-être aurait-il fallu faire appel à des firmes spécialisées en gestion du changement de nom, avec une vision globale et une stratégie de transition structurée. Ce n’est pas un reproche. C’est un constat. Chacun son domaine d’expertise !
Et le résultat, aujourd’hui, c’est une confusion qui persiste et qui a des conséquences réelles sur des personnes réelles.
J’étais sous le choc. Parce que ce moment-là venait de me confirmer quelque chose d’immense. Nous ne pouvions pas continuer à avancer comme si le changement de nom de 2017 était acquis, compris, intégré. Nous devions reculer. Retourner à la case départ. Celle du changement de nom lui-même. Et surtout, celle de tout ce qu’on aurait dû faire, et qu’on n’a pas fait, pour que ce changement soit vraiment compris.
Mon instinct et mon expérience m’ont parlé très fort ce jour-là. Et le message était clair, urgent, impossible à ignorer : le TDL avait un problème de marque !
Quand on change le nom d’un produit, d’une entreprise ou d’un service, ça ne se fait pas du jour au lendemain ! On planifie. On investit. On communique. On répète le message encore et encore et encore. Et même là, le risque de perdre des gens en chemin est réel.
« Chaque décision de changer un nom détruit une partie de l’équité que ce nom a bâtie. »
Ce n’est pas pour décourager le changement. C’est pour dire que le changement a un coût. Et que si on ne gère pas la transition, les gens se perdent. C’est inévitable !
Imaginez. Changer le nom d’un trouble neurodéveloppemental qui touche plus de 7 % de la population. Un trouble invisible, un handicap de communication que personne ne voit, qui ne laisse aucune trace apparente, et qui demande déjà, dans les meilleures circonstances, un redoublement d’efforts constant pour être reconnu et compris. Et en plus de tout ça, le faire avec un nouveau nom. Sans budget de communication suffisant. Sans stratégie de transition à la hauteur. Sans campagne assez forte pour dire aux gens : attention, c’est le même trouble, on l’appelle autrement maintenant.
Force est de constater que le message n’a pas rejoint tout le monde… Pas encore !
Parce qu’il faut le dire, ce trouble a porté plusieurs noms au fil des décennies : audimutité, dysphasie, trouble primaire du langage, et autres. Des termes différents, utilisés par des communautés différentes, pour désigner exactement le même trouble. Et chaque changement, aussi bien intentionné soit-il, a laissé des gens derrière !
Le mot dysphasie, lui, a eu le temps de s’ancrer profondément. Les familles l’ont appris. Les organismes ont bâti leur identité autour de lui. Des milliers de familles québécoises l’ont porté comme une appartenance, une façon de se retrouver entre elles. Et ça, c’est précieux !
Puis en 2017, le consortium CATALISE, réunissant 57 experts de six pays, a recommandé un terme unique et universel : Developmental Language Disorder en anglais, traduit en français par trouble développemental du langage. Un geste ancré dans la science, dans la rigueur, dans la volonté de mieux nommer la réalité de millions de personnes. Un geste nécessaire et important !
Toutefois, il est clair que le message n’a pas encore rejoint tout le monde. Et c’est là que tout se complique…
Et cette réalité ne se limite pas au Québec. Dans plusieurs régions du monde, dont une grande partie de l’Europe, le terme dysphasie est encore très largement utilisé. La transition vers le trouble développemental du langage n’a pas encore été effectuée. Et à ceux qui s’apprêtent à la faire, je veux leur transmettre ce conseil, avec toute la bienveillance et l’expérience qui m’habitent : assurez-vous d’avoir un plan de communication solide. Un plan qui rejoint non seulement les professionnels et les familles, mais surtout toutes les instances gouvernementales et les décideurs qui auront le pouvoir d’agir sur les services et les accommodements offerts aux personnes vivant avec un TDL. Parce que ce sont eux qui ouvrent ou ferment les portes. Et si ces portes s’ouvrent sous un nom qu’ils ne reconnaissent pas, les personnes qui en ont le plus besoin resteront devant une porte close sans même le savoir.
Ne pas planifier cette transition, c’est prendre le risque que des personnes tombent entre les deux chaises. Et ça, nous ne pouvons plus nous le permettre !
Cette année, en allant à la rencontre des décideurs, des enseignants et des professionnels, j’ai été confrontée à une réalité qui m’a ébranlée… Beaucoup ne savent pas !
Ils ne savent pas que le TDL et la dysphasie sont le même trouble. Certains ont entendu parler du trouble développemental du langage mais n’ont jamais fait le lien. D’autres utilisent encore l’ancien terme dans leurs rapports, leurs orientations, leurs conversations avec les familles. Et pendant ce temps, des personnes cherchent de l’aide sous un terme, et les ressources existent sous un autre.
Ce n’est pas de la mauvaise volonté ! Ce n’est pas de l’ignorance ! C’est ce qui se passe quand une transition de nom n’est pas suffisamment accompagnée. La décision était bonne. La stratégie de communication, elle, n’a pas suffi !
Dans le monde des affaires, un « rebranding » raté coûte très cher. Mais ce qui se passe avec le TDL, ça coûte autre chose. Quelque chose de bien plus précieux.
- Des services manqués. Un professionnel qui écrit « dysphasie » dans un dossier, un intervenant qui cherche « TDL » dans le système : la personne tombe entre les deux chaises. Et personne ne le voit !
- Du temps perdu. Une famille qui cherche de l’aide sur Google avec l’ancien terme ne trouve pas les nouvelles ressources, les nouvelles recherches, les nouvelles compréhensions du trouble.
- De l’identité. Un adulte qui a reçu un diagnostic de dysphasie à l’âge de 7 ans, en 1995, ne sait peut-être pas qu’il existe aujourd’hui une communauté TDL qui parle de sa réalité avec des mots plus précis, plus complets, plus justes.
- De la reconnaissance. Parce que quand on ne s’entend pas sur le nom, on ne peut pas vraiment s’entendre sur les besoins. Et quand on ne s’entend pas sur les besoins, les personnes qui en ont le plus besoin restent sans réponse.
Ça, parmi bien d’autres choses, ça me garde réveillée la nuit !
L’année 2026-2027 sera pour le Regroupement TDL Québec une année de clarification. Nous allons travailler fort pour que le lien entre dysphasie et TDL soit compris de tous. Pas pour effacer l’un au profit de l’autre. Mais pour que personne ne soit laissé derrière à cause d’une confusion de terminologie.
En marketing, une marque forte, c’est une marque que les gens reconnaissent et en qui ils ont confiance. Peu importe comment elle s’était appelée avant. Les personnes qui vivent avec ce trouble méritent ça !
Mais ce travail ne peut pas reposer uniquement sur nos épaules. Il appartient à chacun d’entre vous aussi !
Alors je vous pose ces questions, et je vous invite à y réfléchir sincèrement.
Dans votre milieu, dans votre pratique, dans vos conversations quotidiennes : utilisez-vous le bon terme ? Dites-vous TDL ? Faites-vous le lien avec la dysphasie quand vous en parlez ?
Et surtout : qu’est-ce que vous pouvez faire, concrètement, pour que ce message se propage ?
- Parlez-en autour de vous.
- Corrigez avec bienveillance quand vous entendez l’ancien terme sans que le lien soit fait.
- Partagez cette infolettre.
Parce que chaque personne qui comprend que TDL et dysphasie désignent le même trouble, c’est une porte de plus qui s’ouvre pour quelqu’un qui en a besoin.
Ensemble, on peut faire en sorte que plus personne ne tombe entre les deux chaises !
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Chaque année, notre équipe travaille fort. Très fort. Mais cette année, nous sommes allés au-delà ! Plus loin dans nos actions, dans nos collaborations, dans notre portée. Et comme nous n’avons pas toujours le temps, au fil des mois, de vous tenir informés de tout ce qui se passe dans les coulisses du Regroupement TDL Québec, nous avons voulu profiter de cette infolettre pour vous offrir un aperçu de ce que l’année 2025-2026 a représenté.
Car cette année mérite d’être racontée.
40 ans de service. Une étape qui se célèbre !
En février 2026, le Regroupement TDL Québec a officiellement franchi le cap des 40 ans d’existence. Quarante ans de détermination, de solidarité et d’espoir. Quarante ans de travail pour rendre visible ce trouble invisible qu’est le TDL. Ce jalon est rare pour un organisme communautaire, et il nous rappelle que chaque action posée depuis 1986 a contribué à bâtir quelque chose de solide, de durable et de nécessaire.
Aujourd’hui, le Regroupement TDL Québec, c’est 10 organismes membres représentant des dizaines de régions du Québec, une équipe dévouée, un réseau provincial unique et un leadership reconnu en matière de sensibilisation, de défense des droits et de développement d’outils.
Une équipe qui a répondu présente, malgré tout
La réalité de cette année, il faut la nommer honnêtement. Les compressions budgétaires ont frappé fort dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Des postes d’orthophonistes ont été abolis. Les listes d’attente ont atteint des niveaux critiques. Des familles se retrouvent sans filet de sécurité. Et les demandes adressées au Regroupement ont explosé : près de 1 400 appels téléphoniques et 12 500 échanges de courriels au cours de l’année, comparativement à 900 appels et 9 000 courriels l’année précédente.
Malgré cette pression, notre petite équipe a relevé la tête et a avancé. Avec créativité, avec solidarité et avec une détermination qui ne s’est jamais démentie.
Une année de 266 activités
Le rapport d’activités 2025-2026 documente un total de 266 activités réalisées au cours de l’année, réparties à travers toutes les sphères de notre mission : gouvernance et vie associative, soutien aux organismes membres, comités stratégiques, promotion et collaboration nationale et internationale, concertation avec les partenaires, recherche et développement d’outils, formations, communications et défense des droits.
En voici quelques faits saillants…
- Sur le terrain avec les enseignants et les milieux scolaires, nous avons pris part à deux colloques majeurs : l’AQUOPS, auquel nous avons participé pour la première fois, avec une présence devant 1 750 participants, et le Congrès de l’AQEP à Drummondville, pour une troisième année consécutive, devant 700 participants. Nous y avons présenté de nouveaux outils développés avec le Dr Dave Ellemberg sur les fonctions exécutives et la distinction TDL et TSA, ainsi que des dépliants pratiques pour les enseignants du primaire et du secondaire.
- En matière de conférences et d’ateliers, le groupe Explorer le TDL a mobilisé des milliers de personnes. La conférence du Dr Dave Ellemberg sur les défis du TDL au-delà du langage a réuni 1 209 participants. Un atelier destiné aux enseignants sur les outils numériques inclusifs a attiré 1 714 participants en visioconférence. En tout, plusieurs milliers de parents, d’intervenants et de professionnels ont été rejoints au cours de l’année.
- Du côté des outils, deux documents majeurs ont été développés en collaboration avec le Dr Dave Ellemberg, destinés aux intervenants et aux milieux scolaires. La Carte de communication TDL, lancée en juin 2025, a été distribuée à travers le Québec et présentée sur les ondes d’AMI Télé. Des outils sur le bilinguisme et le TDL ont été produits en collaboration avec l’UQTR. Et de nouveaux programmes pour adolescents ont été développés, dont le programme Je quitte le nid, conçu par deux organismes membres et diffusé par le RTDLQ.
- Sur le plan de la défense des droits, notre travail de représentation auprès des ministères, amorcé il y a deux ans en vue de la création d’une table interministérielle sur le TDL, s’est poursuivi avec détermination malgré de nombreux changements de cabinets ministériels. Des rencontres ont eu lieu avec des représentants du ministère de la Santé et des Services sociaux, de l’Éducation, de l’Emploi, du Travail, de l’Enseignement supérieur et de la Famille. Des portes s’ouvrent. Des fondations sont posées.
- À l’international, nous avons renforcé nos liens avec RADLD Canada, collaboré avec ÉVEIL TDL France, établi un nouveau partenariat avec un pôle territorial en Belgique et amorcé une belle relation avec Empowered DLD Parenting de l’Ontario. Le TDL québécois rayonne maintenant bien au-delà de nos frontières.
Une révélation qui oriente l’année à venir
Cette année nous a aussi apporté une prise de conscience importante. En rencontrant des représentants ministériels, des enseignants et des professionnels, nous avons constaté que beaucoup ne savent toujours pas que le trouble développemental du langage est le nouveau nom de la dysphasie depuis 2017. Cette réalité nous a ébranlés. Et elle oriente directement notre travail pour l’année 2026-2027 : une année de clarification, de sensibilisation et de rapprochement entre les deux appellations, pour que personne ne soit laissé sans service en raison d’une confusion de terminologie.
Merci du fond du cœur !
Tout ce travail n’aurait pas été possible sans vous. Sans nos organismes membres, qui ont embarqué avec nous dans chaque projet, siégé sur chaque comité et porté la cause du TDL dans leurs régions avec un dévouement remarquable. Sans nos partenaires et collaborateurs, qui ont cru en notre mission et ont choisi de conjuguer leurs forces aux nôtres. Sans nos bénévoles, qui ont donné de leur temps, de leur énergie et de leur cœur pour que nos actions aient une portée plus grande.
Et par-dessus tout, sans les familles. Celles qui nous appellent. Celles qui nous écrivent. Celles qui cherchent des réponses à des heures impossibles. Celles qui se battent chaque jour pour que leurs enfants, leurs adolescents, leurs proches adultes vivant avec un TDL soient compris, soutenus et reconnus. C’est leur réalité qui nous motive à aller au-delà, chaque année, sans exception.
Merci de nous rappeler pourquoi ce travail a du sens. Merci de continuer à avancer avec nous !
Pour aller plus loin
Ce que vous venez de lire n’est qu’un aperçu. Une fenêtre sur une année qui a été, dans tous les sens du terme, une année au-delà. Notre rapport d’activités 2025-2026 vous donne accès à l’ensemble du travail accompli, dans tous ses détails, avec tous ses chiffres et tous ses projets.
Nous vous invitons à le consulter. Parce que ce travail, il a été fait pour les personnes vivant avec un TDL, pour leurs familles et pour tous ceux qui les accompagnent au quotidien.
Téléchargez le rapport d’activités 2025-2026

« Quand j’étais petit, j’allais voir une madame qui me faisait faire des exercices. Je ne sais pas trop pourquoi. »
Nous l’entendons trop souvent, cette phrase. Et le terrain nous le confirme : intervenants et professionnels qui accompagnent des adolescents et des adultes vivant avec un TDL la reconnaissent aussi. Elle dit tellement, en si peu de mots. Des années de services reçus, et pourtant, le trouble lui-même n’a jamais été nommé. Jamais expliqué. Jamais apprivoisé.
La question que se posent beaucoup de parents est pourtant légitime : mon enfant est-il trop petit pour comprendre ? Est-ce que lui parler de son TDL va l’inquiéter, le stigmatiser, lui faire du mal ?
La recherche et l’expérience terrain répondent avec une conviction de plus en plus solide : non seulement parler du TDL à son enfant ne lui fait pas de mal, mais ne pas le faire peut avoir des conséquences réelles sur sa santé mentale et sa confiance en lui.
Et pourquoi ne pas profiter de l’été pour amorcer cette conversation ? La vie ralentit, les journées sont plus souples, les moments en famille plus détendus. C’est souvent dans ces espaces de calme que les échanges les plus importants trouvent naturellement leur place.
Ce que la recherche nous dit
Les études sur le vécu des personnes vivant avec un TDL sont claires. Des adultes ayant grandi sans connaître leur trouble témoignent que les années scolaires ont été particulièrement difficiles, tant sur le plan académique que social, et que ces expériences ont eu des répercussions durables sur leur estime de soi et leur santé mentale.
Ce qui frappe dans ces témoignages, c’est souvent l’incompréhension de soi-même. Sans mot pour nommer ce qu’ils vivent, les enfants comblent le vide autrement : je suis moins bon, je suis différent, quelque chose ne va pas chez moi. Le camouflage, soit les stratégies conscientes ou inconscientes pour masquer ses difficultés de langage, peut retarder la reconnaissance des besoins de l’enfant et avoir un impact sur son épuisement, sa santé mentale, son estime de soi et la façon dont les autres le perçoivent.
À l’adolescence, les jeunes ayant un historique de TDL sont deux fois plus susceptibles que leurs pairs de vivre des difficultés de santé mentale, incluant l’anxiété, la dépression et des symptômes de type TDAH. Ces données parlent d’elles-mêmes.
Nommer, c’est libérer
Donner un nom au TDL, c’est offrir à l’enfant un outil puissant : comprendre pourquoi certaines choses sont plus difficiles pour lui, réaliser que ce n’est pas une question d’intelligence ou d’efforts insuffisants, et pouvoir éventuellement expliquer sa réalité aux autres.
Il n’y a pas d’âge trop jeune pour commencer, à condition d’adapter le vocabulaire et l’approche. On ne parle pas du TDL de la même façon à un enfant de 5 ans qu’à un adolescent de 14 ans. Mais dans les deux cas, la conversation a sa place.
Chaque enfant vit son TDL différemment
Un point essentiel que les parents doivent garder en tête : aucun enfant ne vit son TDL exactement comme un autre. Les défis diffèrent d’une personne à l’autre, et les forces aussi.
C’est pourquoi la conversation autour du TDL ne devrait pas se limiter aux difficultés. Elle doit mettre une lumière claire sur les forces de l’enfant. Car c’est précisément par ses forces qu’un jeune pourra, avec ses parents et ses intervenants, trouver des détours créatifs pour contourner ses défis et se construire une véritable boîte à outils personnelle.
Cette boîte à outils ne se remplit pas une fois pour toutes. Elle s’enrichit à chaque étape de vie : à l’école primaire, au secondaire, dans la transition vers le monde du travail, à l’âge adulte. Plus l’enfant connaît son profil tôt, plus il devient acteur de son propre parcours.
Des ressources pour tous les âges
Pour les enfants d’âge scolaire, deux livres québécois méritent d’être connus, tous deux conçus par des professionnelles qui œuvrent auprès des personnes vivant avec un TDL.
Le trouble développemental du langage (dysphasie) raconté aux enfants, publié aux Éditions de Mortagne, est un conte illustré écrit pour être facile à lire, qui aidera l’enfant à mieux comprendre les manifestations du TDL. Grâce à une section d’auto-observation, il pourra repérer ses propres difficultés, mais aussi ses forces, ce qui contribue directement à son estime de soi et à son autonomie. Le même éditeur propose aussi Trouble développemental du langage (dysphasie) : La boîte à outils, qui offre aux parents et intervenants des méthodes concrètes pour mieux interpréter les manifestations du TDL, adapter les approches scolaires et quotidiennes, et adopter des outils et stratégies gagnantes.
Pour les familles qui souhaitent une approche encore plus accessible, Laisse-moi t’expliquer… Le trouble développemental du langage, publié aux Éditions Midi trente et rédigé par une psychoéducatrice et une enseignante, explique de manière amusante et imagée, dans les mots des enfants, ce qu’est le TDL, en abordant les difficultés et les questionnements liés à l’intégration scolaire, à la vie en famille et aux défis du quotidien. Ce livre est disponible autant au Québec qu’en Europe.
Pour les tout-petits comme pour les enfants d’âge scolaire, la collection Léon et le langage mérite aussi d’être connue. Composée de quatre livres illustrés, cette série a été conçue par Estelle Gillet-Perret, orthophoniste au CHU Grenoble Alpes, chercheuse en troubles du langage et ambassadrice du mouvement RADLD. Son objectif est simple et précieux : expliquer aux enfants, aux parents, aux enseignants et aux professionnels de la petite enfance ce qu’est le langage et comment il se développe. La collection comprend quatre titres : Léon explique le langage aux petits, Léon explique le langage aux grands, La maison langage et Le trésor du langage, ce dernier réalisé en collaboration avec Marcela Perronne Bertolotti. Une approche douce, visuelle et accessible, qui permet d’ouvrir la conversation sur le langage bien avant même qu’un trouble soit nommé, et qui outille les adultes autant que les enfants. Ces livres sont disponibles en autoédition directement auprès de l’auteure.
Pour initier la conversation de façon visuelle, deux capsules vidéo peuvent être de précieux alliés. L’histoire de Thomas présente le TDL de façon simple et imagée, accessible aux enfants. Pour les adolescents qui viennent de recevoir un diagnostic ou qui souhaitent mieux comprendre leur réalité, la capsule Le TDL expliqué aux adolescents offre un point de départ concret et adapté à leur âge.
Pour les adolescents, il existe aussi des programmes scolaires et des activités au sein des organismes communautaires TDL spécialement conçus pour eux. Ces espaces leur permettent de se retrouver entre pairs, de développer leurs habiletés et de mieux comprendre leur propre profil dans un environnement bienveillant et adapté. La chaîne YouTube Info TDL est également une ressource précieuse pour les adolescents et leurs parents. On y retrouve notamment une série de 11 capsules dédiées au programme ESCALADE, un programme d’intervention conçu spécifiquement pour les adolescents vivant avec un TDL. Une façon accessible et concrète de mieux comprendre ce que ce programme peut apporter.
Vous n’êtes pas seuls
Parler du TDL à son enfant, c’est une démarche qui se fait rarement en solo. Les organismes communautaires qui œuvrent sur le terrain auprès des personnes vivant avec un TDL et de leurs familles sont là pour accompagner autant le parent que le jeune, à chaque étape de ce parcours.
Peu importe où vous en êtes dans votre démarche, n’hésitez jamais à communiquer avec l’organisme TDL de votre région. Ces équipes connaissent la réalité du TDL de l’intérieur, et elles sont là précisément pour vous.
Une conversation à avoir…Pourquoi pas cet été ?
Il n’existe pas de script parfait pour parler du TDL à son enfant. Mais il existe une certitude : cette conversation vaut la peine d’être faite. Pour que l’enfant qui va voir « une madame pour faire des exercices » sache pourquoi. Pour qu’il comprenne que ses difficultés ont un nom et une explication. Et surtout, pour qu’il découvre, avec vous, les forces qui lui appartiennent et qui l’accompagneront toute sa vie.
Parler du TDL à son enfant, c’est lui offrir quelque chose d’essentiel : les mots pour se comprendre soi-même, et les outils pour avancer.
Mais avant d’entamer cette conversation avec votre enfant, une question s’impose, et elle vous appartient entièrement : est-ce que vous, en tant que parent, comprenez vraiment le TDL dans toute sa complexité ? Pas seulement les difficultés de langage visibles, mais aussi ce qui se passe en coulisses : les fonctions exécutives, la mémoire de travail, la motricité, la régulation émotionnelle, la santé mentale. Le TDL, on le sait aujourd’hui, va bien au-delà des mots.
Parce que mieux on comprend, mieux on accompagne. Et mieux on accompagne, plus l’enfant a de chances de se découvrir, de se construire et de s’épanouir !

Le débat sur la place de la technologie dans les salles de classe est bien réel. Les écrans, les tablettes et les ordinateurs font l’objet de questionnements légitimes de la part des parents, des enseignants et des décideurs. Certaines études pointent vers des effets négatifs sur la concentration et les apprentissages lorsque la technologie est mal encadrée ou utilisée sans intention pédagogique claire.
Mais comme pour toute approche en éducation, c’est la façon dont on utilise l’outil qui fait toute la différence. Une technologie bien choisie, bien intégrée et bien accompagnée peut transformer une expérience d’apprentissage. Grifori en est un exemple concret.
Qu’est-ce que Grifori ?
Grifori est une application web qui aide les élèves à écrire en s’appuyant sur des schémas visuels pour structurer leurs idées. Elle permet de créer ou de personnaliser des schémas pour tous les types de textes : narratifs, descriptifs, argumentatifs, et bien d’autres. Elle inclut également la création d’histoires collaboratives dont vous êtes le héros, à deux ou quatre fins.
Ce qui distingue Grifori, c’est l’ensemble des aides technologiques intégrées et configurables directement dans l’outil : structure du texte, prédiction de mots, synthèse vocale, aide à la correction, dictionnaire intégré, et une compatibilité avec les outils déjà utilisés dans plusieurs milieux scolaires, dont WordQ et Lexibar. Pas besoin d’installation, aucune expertise technique requise. Tout est intuitif, accessible à partir d’un navigateur web, et disponible pour l’ensemble de la classe à moins de 100 dollars par année.
Un outil pour tous les élèves de la classe
C’est peut-être là, la plus grande force de Grifori : il ne s’adresse pas seulement aux élèves qui ont des défis d’apprentissage. Il rejoint l’ensemble du groupe, chacun à son niveau et selon ses besoins.
Pour les élèves qui progressent bien et qui n’éprouvent pas de difficultés particulières, Grifori représente un défi stimulant. La création d’histoires interactives à dénouements multiples, les jeux d’évasion avec énigmes, la collaboration entre pairs : autant de contextes qui poussent ces élèves à approfondir leur pensée, à affiner leur expression et à dépasser leur zone de confort. Stimuler ces élèves, les garder engagés et les encourager à donner le meilleur d’eux-mêmes est tout aussi important que de soutenir ceux qui ont des défis. Une classe inclusive, c’est une classe où chacun progresse, peu importe son point de départ.
Pour les élèves vivant avec un trouble neurodéveloppemental comme le TDL, la dyslexie ou le TDAH, l’outil offre des soutiens concrets et discrets. La structure visuelle prédéfinie réduit la charge cognitive liée à l’organisation des idées, permettant à l’élève de concentrer son énergie sur l’expression plutôt que sur la planification. La synthèse vocale et la prédiction de mots viennent compenser les difficultés de récupération lexicale. Et l’aspect créatif de l’outil redonne le plaisir d’écrire à des élèves qui l’avaient souvent perdu.
Les témoignages d’enseignants vont dans ce sens : « C’est fou comment Grifori motive mes élèves à écrire de longs textes. La structure les aide à composer et respecter les étapes du récit. » Ou encore : « Les élèves sont mieux structurés et peuvent mieux organiser l’histoire. La fierté pour eux de voir le résultat final ! »
Cette fierté, justement, n’est pas anodine pour un élève qui a souvent vécu l’écriture comme une source d’échec ou de frustration.
Ce que la recherche confirme
Une étude menée auprès d’élèves de 4e année primaire et de 1ere secondaire, en collaboration avec la Fédération des établissements d’enseignement privés et l’équipe de Grifori, s’est penchée sur les caractéristiques des ressources et des contextes d’écriture qui agissent sur la motivation à écrire.
Les résultats sont éloquents. La recherche a été conduite au printemps 2024 sur un échantillon de 248 élèves de secondaire 1. Parmi ces élèves, 47 % ont déclaré trouver plus motivant d’écrire dans l’application Grifori, contre 41 % pour le traitement de texte et 12 % pour l’écriture à la main, ce qui représente une proportion de 88 % des élèves préférant écrire en environnement numérique.
Ces données ont été produites sous la direction de Rosianne Arseneau, professeure associée et chercheuse au Département de didactique des langues de l’Université du Québec à Montréal. L’étude complète est disponible sur le site de L’École branchée.
Une reconnaissance qui confirme la valeur de l’outil
Grifori a récemment reçu deux distinctions importantes. L’application a obtenu le Prix Excellence Edteq 2026 dans la catégorie Innovation pédagonumérique, décerné par l’Association Edteq, qui souligne la portée innovante et l’impact concret de solutions qui font évoluer l’apprentissage. Elle a également reçu le Prix Étoile de l’année 2026 au primaire et au secondaire, remis dans le cadre du projet Parcours Quêtes et péripéties de l’Odyssée culturelle, en collaboration avec l’Équipe culture-éducation.
Ces reconnaissances confirment ce que des milliers d’élèves et des centaines d’enseignants vivent déjà au quotidien.
La technologie au service de l’apprentissage : une question d’intention
La technologie en classe ne vaut que ce qu’on en fait. Quand elle est choisie avec soin, ancrée dans des objectifs pédagogiques clairs et mise au service de tous les élèves sans exception, elle peut faire une réelle différence. Pas en remplaçant l’enseignant, pas en simplifiant à outrance, mais en ouvrant des portes à ceux pour qui les voies traditionnelles sont plus difficiles, tout en gardant les autres mobilisés et stimulés.
Grifori illustre bien ce que peut accomplir une technologie pensée avec intention. Dans une classe, il n’y a pas d’élèves qui méritent plus ou moins d’être rejoints. Il y a des élèves qui ont besoin d’être rejoints différemment ! Et parfois, c’est un outil numérique bien conçu qui crée ce pont.
Découvrez l’application
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L’été arrive et avec lui, une pause bien méritée pour l’équipe du Regroupement TDL Québec. L’infolettre sera en congé pendant les mois de juillet et d’août.
Mais avant de partir, nous voulons vous laisser avec une question à garder en tête pendant la belle saison : comment, ensemble, pourrions-nous rendre le TDL plus visible ?
Vous avez des idées, des suggestions, des sujets que vous aimeriez nous voir aborder ? Des initiatives que vous souhaiteriez voir mises en œuvre par le Regroupement ? Nous voulons vous entendre. N’hésitez pas à nous écrire et à nous partager vos réflexions. Votre perspective nous est précieuse.
Et soyez prêts pour le retour en septembre, car la saison qui s’amorce sera bien remplie ! Deux rendez-vous majeurs sont déjà à l’agenda :
- La Journée internationale de sensibilisation au TDL, le 16 octobre
- La 11e édition de la Semaine québécoise du trouble développemental du langage, du 19 au 25 octobre
Nous arriverons en septembre avec de l’énergie, du contenu et des projets pour faire de ces événements des moments forts de sensibilisation.
D’ici là, bon été à toutes et à tous. Reposez-vous bien. Et au plaisir de se retrouver à l’automne !
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Visitez le site www.regroupementtdl.ca pour découvrir des informations et outils pratiques, ainsi que les ressources disponibles dans chaque région.
Au plaisir de vous partager des nouveautés le mois prochain ! Lyne Pelchat 1 800 495-4118 #100 | direction@regroupementtdl.ca |









































