Septembre est déjà bien amorcé. Les élèves ont retrouvé leur classe, les enseignants ont découvert leurs nouveaux groupes et, pour plusieurs parents, une nouvelle année signifie aussi recommencer un parcours que plusieurs connaissent trop bien : expliquer, sensibiliser, collaborer et, parfois, devoir défendre encore une fois les besoins de leur enfant.
Cette réalité devrait pourtant interpeller l’ensemble du milieu scolaire. Au Québec, le trouble développemental du langage touche plus de 7 % de la population, soit environ un élève sur quatorze. Cela représente près de 85 000 élèves au Québec.
Alors, après ces premières semaines de rentrée, je me pose une question : sommes-nous réellement prêts à accompagner ces élèves dans leur réalité ? Le parent est-il suffisamment outillé ? L’enseignant possède-t-il les connaissances et le soutien nécessaires ? Les directions comprennent-elles suffisamment les répercussions du TDL pour prendre des décisions éclairées ? Et surtout, sommes-nous prêts, collectivement, à travailler autrement lorsque nos façons de faire habituelles ne répondent pas aux besoins de l’élève ?
Pour ma part, je répète souvent qu’accompagner un élève ayant un TDL est un travail d’équipe. Cette équipe doit réunir l’élève, ses parents, l’enseignant, les intervenants scolaires et la direction de l’établissement. Mais avant même de parler de collaboration, il faut partir d’une base essentielle : comprendre ce qu’est le trouble développemental du langage et les défis qu’il peut entraîner.
Il faut aussi comprendre qu’un TDL ne se manifeste pas de la même façon d’une personne à l’autre. Les défis, leur intensité et leurs répercussions sur les apprentissages peuvent être très différents. Derrière un même diagnostic se trouvent des élèves uniques, avec leurs forces, leurs défis, leur rythme et leur propre façon d’apprendre. C’est cette réalité que tous les membres de l’équipe doivent avoir en tête.
L’enseignant ne peut pas porter cette responsabilité seul
Tout au long de l’été, je me suis questionnée sur la façon dont le Regroupement TDL Québec pouvait continuer à mieux outiller les enseignants. Nos rencontres sur le terrain, nos échanges et nos présences dans différents colloques nous ont permis d’entendre un message clair : les enseignants veulent mieux comprendre le TDL, mais surtout savoir comment accompagner concrètement un élève ayant un TDL en classe, sans que cela signifie nécessairement des heures supplémentaires à consacrer à la confection d’outils.
Et je les comprends. Il y a une réalité que nous ne pouvons pas ignorer : l’enseignant doit s’adapter à plusieurs profils et à une grande diversité de besoins dans sa classe, sans oublier les nombreux plans d’intervention qu’il doit appliquer, parfois pour plusieurs élèves à la fois. Et cela, sans nécessairement avoir tous les outils, toutes les ressources ou tout le soutien nécessaire.
Reconnaître cette réalité ne signifie pas renoncer à mieux accompagner les élèves. Au contraire, cela signifie reconnaître que les enseignants ont eux aussi besoin d’être accompagnés pour pouvoir mieux assister leurs élèves. Nous ne pouvons pas leur demander de porter seuls le poids de l’inclusion.
C’est dans cet esprit que le Regroupement TDL Québec met à leur disposition deux dépliants, l’un destiné aux enseignants du primaire et l’autre aux enseignants du secondaire. Ces dépliants ne remplacent ni une formation ni un accompagnement spécialisé. Ils constituent plutôt une première porte d’entrée vers une meilleure compréhension du TDL.
Pour le parent, ils peuvent être remis au nouvel enseignant de son enfant. Pour l’enseignant, ils permettent de mieux comprendre le TDL et surtout de savoir où aller chercher davantage d’information et de soutien, notamment auprès de l’organisme TDL de sa région ou du Regroupement TDL Québec.
Parce qu’au fond, personne ne devrait être laissé seul avec ses questions.
Et les directions ?
Je crois toutefois que nous devons aller plus loin. Les directions d’établissement jouent un rôle déterminant dans les conditions offertes aux élèves et aux équipes-écoles. Comprendre le TDL ne devrait donc pas être uniquement la responsabilité de l’enseignant.
Une direction qui comprend les répercussions du TDL peut mieux soutenir son personnel et mieux comprendre les besoins d’un élève. Je me questionne lorsque certaines décisions semblent être prises principalement dans l’urgence, dans le but de perturber le moins possible le fonctionnement du groupe. Est-ce vraiment ainsi que nous voulons penser l’inclusion ?
Et si nous faisions un pas de recul ? Si nous regardions ce qui fonctionne ailleurs, les écoles qui ont trouvé d’autres façons de faire, les équipes qui ont osé adapter leurs pratiques ? Pourquoi ne pas apprendre de ces belles histoires et voir comment nous pourrions les adapter à notre réalité ?
Et le parent, dans tout ça ?
Il y a aussi le parent. Chaque rentrée peut représenter pour lui un nouvel exercice de confiance : un nouvel enseignant à qui il faudra expliquer ce qu’est le TDL, une nouvelle équipe à qui raconter le parcours de son enfant, une nouvelle personne avec qui apprendre à collaborer et, encore une fois, l’espoir que son enfant soit compris et pourra apprendre dans des conditions qui tiennent compte de sa réalité.
Combien de fois un parent doit-il recommencer ?
Le parent ne devrait pas avoir à porter seul la responsabilité de faire comprendre le TDL. L’enseignant ne devrait pas être laissé seul devant les défis de sa classe. Et la direction ne devrait pas être en marge de cette réflexion. Chacun a un rôle à jouer.
Mais dans toute cette équation, il y a une personne que nous devons absolument garder au centre : l’élève !
Et si nous arrêtions de décider à l’avance jusqu’où il peut aller ?
Trop souvent, j’ai l’impression que nous avons déjà déterminé le chemin qu’un jeune pourra parcourir. Que nous avons déjà imaginé sa destination. Que, parfois, avant même qu’il ait eu la possibilité d’essayer, on lui indique ce qu’il pourra ou ne pourra pas faire !
Mais nous oublions une équation essentielle : la détermination et la persévérance d’une personne ayant un TDL.
En novembre 2025, j’ai assisté à une conférence donnée par un jeune homme qui m’a profondément marquée. À 18 ans, il n’avait que sa sixième année. Aujourd’hui, il détient un diplôme universitaire. Lorsque j’ai reçu, pendant mes vacances, une photo de ce jeune homme tenant son diplôme, j’ai repensé à celui que j’avais rencontré quelques mois auparavant. Cette photo m’a profondément touchée.
Mais surtout, ce jeune homme m’a donné, sans le savoir, encore plus de courage et de détermination pour continuer à me battre afin que les gens croient aux possibilités des personnes ayant un TDL.
Oui, certaines personnes, selon leur profil et la sévérité de leurs difficultés, ne pourront peut-être pas obtenir leur diplôme d’études secondaires, poursuivre au cégep ou entreprendre des études universitaires. Les parcours sont différents. Mais certains le feront. Et comment pouvons-nous savoir à l’avance qui y arrivera ?
Et surtout, la réussite ne se mesure pas uniquement à l’obtention d’un diplôme. Plusieurs adultes ayant un TDL ont construit leur vie, leur carrière, leur famille et leur place dans la société sans nécessairement avoir obtenu de diplôme. Leur parcours n’en est pas moins remarquable pour autant.




